Le livre « J’écris mon roman en 4 étapes »
L'introduction du livre
J’ai bâti mon métier de guide, de passeuse, d’enseignante, brique après brique, et comme je trouvais que ces mots ne représentaient pas tout à fait mon activité, je me suis définie comme une souffleuse de livres, terme qui exigeait que j’écrive mon propre livre, pour donner l’exemple !
Depuis plus d’une décennie je lis et j’écris en me posant toutes sortes de questions, en créant des exercices, en accompagnant des auteurs traversés de rêves d’écriture différents. Malgré cette expérience conséquente, malgré l’évidence de rassembler les nombreux conseils et exercices dans ce livre, et comme beaucoup d’écrivains professionnels aussi, j’ai été assaillie par le doute au moment de démarrer l’écriture. J’ai pensé « À quoi bon ? ». À quoi bon un livre de plus puisqu’il en existe déjà tant : des livres écrits par des écrivains, par des animateurs d’ateliers d’écriture ou des écrivains-pédagogues, des livres pratiques, plus théoriques, ou les deux à la fois. En quoi mon livre serait-il nécessaire ? Qu’apportera-t-il de plus ?
Il a fallu que je trouve mes propres réponses et ma motivation, que je m’applique les conseils donnés à mes participants, ceux que vous retrouverez dans ce livre.
Ce livre est singulier parce que ma façon de présenter et de formuler les différentes étapes de l’écriture d’un roman ou d’une autofiction est différente. Ma sensibilité et ma façon d’enseigner, de « voir », donnent au chemin que j’ai tracé sa couleur unique. De même qu’il y a autant de façons d’apprendre que d’enseigner, la mienne n’est pas révolutionnaire mais elle est vécue, elle vient de ma double expérience d’autrice et d’enseignante.
Second argument pour contrer mes doutes : tout bien pesé, mon expérience mérite d’être couchée sur le papier. Cela me fera du bien de voir, en un seul morceau, reliés en chapitres, l’essentiel de mes outils, exemples et réflexions. Il m’importe de voir ce livre, de le présenter à celui et celle qui, comme moi, brûlent de l’envie d’écrire ; de le lui offrir comme on lance une bouée à un naufragé, pour qu’il fasse une halte, pour qu’il se sente moins seul, pour qu’il respire mieux, sans efforts.
Dans ce livre — troisième bonne raison pour le rédiger —, sont présents tous les écrivains qui, par leurs œuvres et leurs témoignages, ont entretenu ma flamme d’apprentie. Je les convoque, je les cite, je retranscris les mots qui m’enchantent, uniquement ceux-là. Car il y a aussi tous les livres que j’ai délaissés : soit que je les trouvais ennuyeux, soit que je les trouvais trop complexes ou trop simples.
Je parle des romans qui me plaisent, mais surtout de ceux qui, par leur spécificité (structure, intrigue, dispositif narratif…), m’ont permis de mieux appréhender la nature d’une histoire. J’ai toujours été à l’affût de récits qui me coupent le souffle, qui provoquent en moi un séisme… pourquoi m’en priver quand l’offre est si étendue ?
Contrairement à ceux qui se sentent écrasés par le panache des grands auteurs, je me sens grandie et agrandie par ceux que j’estime. Cela de manière très décomplexée: il y a de Grandes Œuvres qui me laissent indifférente comme par exemple Moby Dick de Melville (dont j’admire pourtant Bartleby, le Scribe) ou L’homme sans qualités de Robert Musil, que je n’ai jamais réussi à finir. Il y a aussi de nombreux livres d’auteurs contemporains dont je ne comprends pas le succès. Pourquoi perdre du temps à se désoler du retentissement de l’un ou de l’autre quand il y a tant de livres susceptibles de laisser en vous leur empreinte durable ? Ce qui ne m’empêche pas non plus de persévérer à l’occasion, un roman nécessite parfois de faire des efforts afin d’affuter notre œil de lecteur.
Des références à des romans, autant qu’à des films illustrant tel propos, parsèment ainsi ce livre et constituent une sorte de playlist à découvrir. Ceux qui lisent peu ou qui manquent de temps, peuvent faire les exercices après visionnage d’un long métrage. Je me suis rendue compte que certains participants à mes ateliers avaient un bon niveau et même de bons réflexes techniques en écriture, alors même qu’ils ne lisaient quasiment pas, sans doute grâce à l’accès illimité aux films que permet notre monde numérique. Cette abondance de récits disponibles et accessibles facilement permet de mémoriser des structures narratives, ou du moins de les cerner avec facilité, force a été de le constater.
Désormais, je suis convaincue que mon « énième » livre sur l’écriture a le droit d’exister, comme tous les livres nés d’un désir sincère.
Un livre est un chemin et celui-ci retrace celui que j’ai emprunté depuis une douzaine d’années, un parcours où j’ai constaté qu’apprendre à écrire ne nécessite aucun autre prérequis que d’être débordé par le pur et puissant désir d’écrire. « Pur » ? Dès lors que je me suis lancée dans l’aventure, je me suis confrontée, comme beaucoup de mes participants, à des désirs autres, nuisibles et encombrants, greffés sur le premier. Comme le désir de légitimité, de statut, de reconnaissance ou même le désir de célébrité. J’ai dû dompter ces désirs puis les abandonner pour me désentraver, pour préserver le plus précieux : le plaisir et la foi.
Quand un texte est bien construit, quand il emmène le lecteur par son souffle, grâce à la magnifique force de ses personnages, à explorer un sujet universel susceptible de le faire grandir, quand ce travail d’artisan honnête est réussi, on en tire une grande et belle joie, une joie victorieuse, indépendamment de la reconnaissance des éditeurs professionnels (mais s’ils vous ouvrent leurs portes, tant mieux !). Un minimum de règles permet de vérifier assez objectivement qu’un texte fonctionne ou non, alors, il ne reste plus qu’à travailler pour y arriver, le voyage en soi est une aventure extraordinaire.
Avec cet ouvrage, je souhaite vous emmener du désir d’écrire un livre jusqu’à sa réalisation et au partage de cette réalisation. La première partie de ce livre s’adresse à tous mais peut-être que ceux et celles qui ont du mal à s’y mettre ou qui se sentent illégitimes y seront plus sensibles. Des outils simples et très efficaces pour développer votre pouvoir créatif sont présentés, accompagnés de témoignages d’écrivains. Cette partie a pour objectif de vous rassurer et de vous inciter à passer à l’action. Avant même de poser des mots sur le papier, je dirais que rêver votre livre, c’est déjà l’écrire. Rêver, infuser des idées, correspond à la période d’incubation, la première phase dans le processus de créativité. Ensuite, tenir un journal, prendre des notes dans un carnet, établir des listes de mots ou de souvenirs, c’est l’amorce visible du chantier. Avant la forme, avant les fondations, il y a des fragments, de l’inachevé ou des détours, ces tentatives font partie du processus.
Dans la deuxième partie, je vous livre quatre outils incontournables qui participent des fondations de votre récit : le pitch, les trajectoires des personnages et le plan. Faire émerger le sujet de votre roman, en être conscient et savoir distinguer le sujet de l’intrigue est une autre compétence absolument indispensable pour que vos fondations soient solides. Ma propre vie d’écriture a subi une merveilleuse révolution lorsque j’ai découvert le pouvoir du pitch et compris en profondeur la différence entre le sujet et l’intrigue.
Dans la troisième partie, vous trouverez des conseils, exercices et commentaires sur les quatre étapes principales de l’écriture de votre roman : créer vos personnages, structurer votre récit grâce à un usage approprié du temps narratif, des lieux et des points de vue. Ensuite, déployer votre narration en tirant les fils des trajectoires de vos personnages aux prises avec des péripéties telles que des trahisons, des secrets, des retournements de situation etc. Le peaufinage et la publication de votre livre représentent la quatrième étape du voyage dont je vous livre l’essentiel, car cette étape, si elle est importante, n’est pas mon cœur de métier. Vous encourager à vous autoéditer en cas de refus des éditeurs est ce qui m’importe le plus car rien ne vaut la joie de tenir un vrai livre entre ses mains, son roman, et de la partager. Écrire, est un acte solitaire, mais aussi un acte pour les autres, pour se relier aux gens, ses proches et ceux que l’on ne connaitra jamais.
J’espère, chers lecteurs, que cet ouvrage vous fera gagner du temps, vous aidera à écrire avec autant de clairvoyance que d’amusement. J’espère vous persuader que travailler beaucoup en vaut la peine, car il y a, je le crois, de la magie à comprendre notre réalité subjective, à la déconstruire, à la reconstruire en la transformant par les mots et peut-être, — j’emprunte cette formule à Hokusaï — entrevoir le mystère des choses.
Présentation du livre à la librairie Le Bateau Livre à Lille (vidéo : Luciana Dethier)
